Nature & écologie

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La Mélisse et l'homme ! L'entente "cordiale"

Auteur: Alain Tessier
Dernière modification le Mardi 29 mai 2012
Crédits photos: Wikimedia commons

La Mélisse et l'homme ! L'entente "cordiale" La Mélisse et l'homme ! L'entente "cordiale"

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Alain Tessier, ethno-botaniste et séderonnais d'adoption, planche actuellement sur l'écriture d'un nouvel ouvrage consacré aux "Plantes Médicinales de Provence" (à paraitre en 2013 ed.Médicis). Après nous avoir donné en exclusivité un premier extrait consacré à la Marjolaine, il nous dévoile les secrets de la Mélisse, plante à la saveur citronnée bien connue dans notre région.

Originaire de la partie orientale du bassin méditerranéen, la Mélisse est un végétal des terrains sains, bien amendés et riche en azote ; la proximité de l'homme et du bétail permet de remplir ces conditions. Par ce coté, elle ressemble à l'ortie qui lui aussi aime ces conditions de vie. Là cesse la similitude, autant l'ortie est le symbole de l'agression, autant la Mélisse inspire la douceur. Douceur de l'arôme rappelant celui du citron, qui d'ailleurs lui a valu son surnom de Mélisse "citronnelle" et douceur de son nectar dont les abeilles aiment à se délecter. L'intérêt que porte les abeilles à cette plante est d'ailleurs à l'origine de son nom : Melissa, signifiant “ plante mellifère ”. Son nom est issu de melissophyllon, composé de melissa  “ abeille ” et phullon “ feuilles ”.

La Mélisse (Melissa officinalis) est un sous-arbrisseau vivace à tiges dressées et ramifiées, pubescentes, pouvant atteindre 60 à 80 cm de hauteur. Ses feuilles opposées deux à deux, sont ovales, cordiformes et finement dentées. De couleur vert-jaunâtre, elles ont un aspect gaufré et sont rugueuses au toucher. Blanches ou roses pâles, groupées à l'aisselle des feuilles, les fleurs offrent comme beaucoup de plante de la famille des Lamiaceae, des pétales en forme de lèvres. La floraison a lieu de juin à novembre, période d'intense activité pour ses partenaires les abeilles, qui assurent sa reproduction.

Connue dans le tout le bassin méditerranéen, le «piment des abeilles», comme l'appelait les anciens, ne se répand en Europe qu'au Moyen-âge, transporté par des moines itinérants. Elle est alors cultivé dans les monastères et les cloitres. Pour les médecins de cette époque, la Mélisse était un "cordial". On la déclarait alors : " propre à rendre l'esprit joyeux, à aider la digestion, à ranimer en cas de défaillance et surtout à fortifier le cœur quand il suscite des insomnies et des palpitations".

Plus près de nous, de nombreux praticiens l'ont recommandé contre la mélancolie, les palpitations, l'affaiblissement de la mémoire et contre les maux de tête des nerveux et des surmenés. Au XVIe, on la considère «excellente pour fortifier le cerveau et la mémoire». Ces multiples propriétés ont valu à la mélisse d’entrer dans la composition de " L'eau de mélisse des Carmes" créée en 1611 et dont la célébrité est aujourd'hui universelle.

Forte de sa réputation ancestrale, la mélisse a suscité de nombreux travaux tant phytochimique que pharmacologique. Les feuilles de Mélisse contiennent des flavonoïdes (dérivés de la lutéoline et du quercétol), des acides phénols (acides caféique, chlorogénique, protocatéchique, rosmarinique), des acides terpéniques (acide ursolique, oléanolique, hydroxyoléanolique), des mucilages uroniques, tanins catéchiques (4 à 5%) et des composants volatils.

La première rencontre médicale entre la Mélisse et l'homme était une rencontre «cordial». Puisqu'à l'époque le mot cordial signifiait tonifier le cœur sur un plan médical et « redonner du cœur » sur un plan philosophique. L'activité médicinale de la Mélisse était défini...

La Mélisse officinale possède une action spasmolytique neurotrope. Cet effet est surtout marquée sur les muscles lisses et notamment sur les organes du système digestif. Dans les affections digestives, la Mélisse est une plante qui à la fois, calme les douleurs et les spasmes tout en favorisant la digestion. Elle calme les colites spasmodiques, les ballonnements épigastriques avec flatulences et éructations ainsi que les nausées. La Mélisse a aussi des propriétés stimulantes sur le système digestif, elle accroît les sécrétions biliaires, les sécrétions de l'estomac et favorise la motilité intestinale. Action "eupeptique" que n'avaient pas manqué d'observer les praticiens des siècles passés.

Outre son activité antispasmodique, la Mélisse exerce un effet anti-inflammatoire et analgésique utilisée pour soulager les migraines digestives ou les règles douloureuses. Des études récentes ont montrées qu'un extrait hydro-alcoolique était aussi actif que l'acétyl-salicylate de lysine. Cette action peut être imputable à divers composants qui agissent en synergie.

La Mélisse a aussi une action calmante du système nerveux central et favorise la qualité du sommeil.

Elle possède un effet tranquillisant s'effectuant selon un mécanisme d'action comparable à celui obtenu avec les benzodiazépines. Or les benzodiazépines se fixent sur les récepteurs GABAA-benzodiazepine, c'est à dire les récepteurs de l'acide gamma-amino-butyrique. Formée dans les neurones, cette molécule exerce une diminution de l'activité neuronale et est le principal neuromédiateur inhibiteur cérébral. Présent dans tout le cerveau, il régule les autres systèmes de transmission nerveuse. Dans l'anxiété, le GABA joue un rôle prépondérant.

Une autre étude, a montré qu'un extrait aqueux de Melissa officinalis, favorisait l'induction du sommeil. Fleurentin, Mortier et Pelt ont démontré qu'un extrait hydro-alcoolique lyophilisé de Melissa officinalis avait, à doses faibles, une action sédative et à plus hautes doses, une activité analgésique périphérique.

Des études récentes montrent que dans le traitement de la maladie d’Alzheimer débutante, les patients traités avec l'extrait de Mélisse avaient une amélioration du comportement et étaient moins agité. Dans d'autres études, les auteurs ont montré que l'administration de 600 mg d'extrait standardisé de Mélisse officinale améliorait l'exactitude et le soutient de l'attention, ainsi qu'une réduction du temps de réponse tant sur la mémoire secondaire que sur la mémoire temporaire.

La Mélisse possède également une action antivirale, pouvant être liée aux acides phénols, aux acides terpéniques et aux composants volatils, qui interagiraient avec les protéines virales. Elle est active sur plusieurs souches virales : Herpes simplex I (HSV I), Influenza A2, (le virus de la grippe) et sur le virus du sida (HIV I). Aujourd'hui, le développement de souches virales résistantes au traitement est une menace réelle en ce qui concerne les antiviraux de synthèse. Étant donné ses nombreux mécanismes d'action différents et synergiques, il semble peu probable que des virus développent une résistance à la Mélisse.

En usage externe, des essais cliniques, conduits sur plus d'une centaine de patients, ont montrés qu'une pommade à base d'extrait aqueux de Mélisse était actif dans le traitement de l'herpès. Selon les conclusions de cette étude, le temps de l'affection est considérablement réduit, les récidives espacées et les effets secondaires insignifiants.

In vitro, l’extrait aqueux de Mélisse est actif sur le virus du SIDA ( HIV-1), en agissant sur la réplication du virus. L'acide ursolique et certains composants volatils sont des éléments actifs dans cette fonction. Cet extrait pourrait donc intervenir dans la prévention du développement de la maladie chez les porteurs asymptomatiques du virus.

Comme beaucoup de plantes, la Mélisse ne doit pas être prise par cure excédant 3 semaines. Elle possède une action hormonale de type anti-oestrogénique pouvant modifier un cycle menstruel.

Formes d'emploi et posologie

Notes

Extrait de «Plantes Médicinales de Provence»

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