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Invitation à la botanique

Auteur: Pierre Bence
Dernière modification le Lundi 07 janvier 2013

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Izon la Bruisse, petit village de quelques âmes dans un site exceptionnel. Plus connu pour le destin tragique des maquisard du Maquis du Ventoux, fusillés le 22 février 1944 dont la mémoire et le courage sont honorés par le monument à leur souvenir.

Trois lieux, bases du maquis sont encore visibles et signalés du village au col d'Olun: Ferme Jullie, l'école et la forestière.

Devant vous se dressent les falaises de la Montagne de Chamouse pour une invitation à la découverte d'une flore remarquable et protégée.

C’est au cœur du printemps, entre mai et juin, que vous ferez les observations florales les plus variées, et si vous ne craignez pas de refaire le même parcours à quinze jours d’intervalle vous serez surpris des changements. Un des itinéraires les plus familiers et les plus variés est celui qui part de la mairie d’Izon (Parking). Ne partez pas trop tard le matin, le circuit complet demande quatre heures de marche pour un randonneur moyen mais le double pour le curieux qui s’arrête à chaque plante pour la reconnaitre, l’admirer, la photographier, noter ses observations.

1 – Milieu supra méditerranéen en versant sud (1150 / 1350 m).Commune d’Izon

Ne cherchez pas le village, il n’y en a plus, la petite maison faisant mairie est seule, en compagnie d’un campanile tout récent. Prenez la direction du col d’Izon, une piste rocailleuse vous hisse peu à peu entre des landes à genêts cendrés , caractéristiques de l’influence méditerranéenne, des buis et autres églantiers qui enserrent des cultures de lavandes et des friches. Un arrêt s’impose, vous aurez peut-être la chance de voir de précieuses fleurs messicoles, qui accompagnent les moissons – on devrait dire qui accompagnaient car elles sont devenues particulièrement rares.- en particulier deux espèces d’adonis en mélange, l’adonis d’été (adonis aestivalis) et l’adonis goutte de sang (adonis flammea) qui ne craignent pas la compagnie des xéranthèmes, de l’avoine élevée, de l’amourette, de l’euphorbe à tête jaune, du mouron des champs ou de la tanaisie en corymbe parmi d’innombrable espèces végétales. Plus loin, quand vous aurez dépassé quelques peupliers trembles dans un talweg marneux ne manquez pas la bugrane arbustive autour de suintements, le circe tubéreux avec son beau capitule pourpre solitaire, les compagnons blancs et essayez de différencier les marguerites des leucanthèmes pâles. Vous dépasserez le col d’Olun et la Forestière, lieu de résistance du maquis Ventoux, judicieusement aménagé par l’ONF en une sorte de parc, de clairières prometteuses pour la biodiversité. Au passage, au milieu du chemin, vous aurez peut être photographié l’orchis brulé mais aussi la bugrane du mont Cenis (Ononis cristata), une fabacée – famille anciennement nommée légumineuse – reconnue à ses fleurs à cinq pétales dont l’étendard rose strié contraste délicatement avec le blanc des ailes et de la carène qui ornent une touffe vivace basse.L’amateur notera la fourréa alpine, les centaurées jacées et scabieuses, la crépide blanchâtre sur les bords de piste, en lisière de pinède. En montant dans la rocaille prenez garde de ne pas écraser le salsifis à feuilles de crocus (Tragopogon crocifolius), es astragales pourpres de Montpellier , vous arrivez bientôt au col d’Izon, havre de fraicheur dans une clairière fleurie entourée de pins sylvestres. De là il faut prendre sur la droite un sentier entre les buis qui va vous mener vers le sommet de Chamouse (1531 m) à travers une belle prairie sommitale réputée pour son cortège floral.

2 – Pelouse sommitale méditerranéo-montagnarde. (1350 / 1531 m) Commune de Montauban

Les rocailles et les buis laissent peu à peu la place à la prairie qui sert de pâturage à un troupeau de moutons. De grosses touffes vivaces des avoines toujours vertes puis des graminées parsemées de spirées filipendules , de piloselles en cyme , de porcelles tachetées, de séneçon doronic car déjà, si nous sommes en juin, les pédiculaires en toupet sont fanées Il faut passer plus tôt, en mai, pour voir en fleurs la gentiane de printemps , les pulsatiles de Haller, les fritillaires du Dauphiné, les tulipes australes et autres gagées des prés, androsaces velues et orchidées précoces. Cependant, en longeant la crête rocheuse vous rencontrerez des failles dont la profondeur est abritée des vents. Dans ces failles fleurissent le myosotis des Alpes , la gesse à racines filiformes, un buisson d’épine vinette , le genêt de Villars défleuri- un coussin rasant- montre encore ses tiges épaisses et noueuses En levant la tête, le vaste pâturage descend en pentes arrondies :les grandes gentianes jaunes y sont particulièrement nombreuses. Au loin, vers l’ouest : le Ventoux.

3 –Descente par la Tussie. Commune de Laborel

Si vous longez les crêtes vers le nord vous ne pourrez pas manquer la bifurcation à droite vers la Tussie, indiquée par un panneau indicateur. La Tussie est une magnifique hêtraie en situation d’ubac, un milieu complètement différent de tout ce qu’on vient de traverser. Voici les plantes d’ombres et de fraicheur. Nous en nommerons quelques-unes au fil de la descente dans le layon : rosier à feuilles rougeâtres, les très toxiques aconits anthore et tue-loup, la luzule des bois, le mille pertuis hirsute, le fusain à larges feuilles, l’aspérule odorante à côté du sceau de Salomon verticillé et des prénanthes pourpres, soudain des sabots de vénus en fleurs avec des dentaires digitées, des ancolies communes puis des néoties nid d’oiseaux qui sont des orchidées, la berce élégante. A force de scruter le bord du chemin, si on ne lève pas les yeux, on risque de manquer les rares beaux ifs qui se cachent entre les troncs des hêtres. Nous serons bientôt « Sous la Tussie », après une orientation vers le sud on quitte la hêtraie pour des peuplements de chênes et de pins. On en profite pour noterla violette admirable d’après sa rosette de feuilles car les fleurs ne sont plus là, la céphalanthère pâle, la laiche tomenteuse et un silène penché. Encore quelques écoulements et petits ravins marneux à franchir bordés en continu de bugranes arbustives et de stations étendues d’orchis moucherons , le col de tous les vents à négocier et nous aurons bientôt rejoint la piste du matin au-dessus de la Forestière dans la pinède de pins noirs. Il est temps de rentrer.